Dimanche soir, 23h. Tu viens de remonter un moteur d’aspirateur pièce par pièce, juste parce que ça t’intriguait. Trois heures sont passées sans que tu les voies passer.

Le mail de ton médecin, lui, traîne dans tes notifications depuis six semaines. Tu ne l’as même pas ouvert.

Tu ne comprends pas. Tu te dis que tu es incohérent(e), que tu n’as « aucune volonté » pour ce qui compte vraiment. Sauf que ce n’est pas de la volonté qui manque.

C’est ton cerveau qui décide, tout seul, ce qui mérite ton énergie. Et il ne te demande pas ton avis.

Ce que tu vas reconnaître

  • Tu sais préparer un exposé complet sur les pieuvres à minuit, mais appeler pour un rendez-vous te paralyse depuis un mois.
  • Tu as reprogrammé trois fois le rappel « appeler le médecin », et à chaque fois tu l’as fermé sans l’ouvrir.
  • Tu as ouvert l’appli téléphone, regardé le numéro, et reposé ton portable. Plusieurs fois.
  • Tu répètes dans ta tête ce que tu vas dire, encore et encore, et ça ne sort jamais.
  • Tu te dis « demain je le fais », chaque jour, depuis six semaines.

Pourquoi ton cerveau fait ça

Ton cerveau TDAH ne fonctionne pas avec une notion d’importance. Il fonctionne avec une notion d’intérêt, d’urgence immédiate, ou de nouveauté.

Le moteur d’aspirateur cochait toutes les cases : curiosité, énigme à résoudre, récompense immédiate à chaque pièce démontée. Ton cerveau s’est jeté dessus sans effort. C’est ce qu’on appelle l’hyperfocus, ce mode où plus rien d’autre n’existe.

Le coup de fil au médecin, lui, ne coche aucune case. Pas de curiosité, pas de récompense immédiate, juste une contrainte administrative floue dans le temps. Ton cerveau ne trouve littéralement rien à quoi s’accrocher pour démarrer.

Ce n’est pas une histoire de priorités mal placées. C’est un système de démarrage qui carbure au stimulant, pas à l’importance objective. Le mail attend depuis six semaines parce que rien dedans n’a jamais donné à ton cerveau une raison de s’allumer.

Le coup de fil, ce mini-monstre

Un appel téléphonique, c’est probablement l’une des tâches les plus difficiles pour un cerveau TDAH. Et ce n’est pas un hasard.

Tu ne contrôles pas le timing. Tu dois attendre que quelqu’un décroche, potentiellement patienter, potentiellement tomber sur une réponse que tu n’avais pas préparée.

Tu ne peux pas réécrire ta phrase avant de l’envoyer, comme pour un mail. Une fois que ça sort de ta bouche, c’est sorti.

Et il y a le contact humain direct, en temps réel, sans filtre. Pour un cerveau qui a déjà du mal à gérer l’imprévu, un appel téléphonique concentre à peu près tout ce qu’il redoute : l’incertitude, l’absence de contrôle, la pression du direct.

Alors ton cerveau évite. Encore. Et encore. Pas parce que tu t’en fiches, mais parce que chaque tentative active une alarme interne que tu ne choisis pas.

Ce qui aide vraiment

Personne n’a de solution miracle ici. Mais certaines pistes reviennent souvent dans les groupes TDAH, parce qu’elles réduisent l’inconnu plutôt que de compter sur la volonté.

Écrire un script avant d’appeler. Noter noir sur blanc ce que tu vas dire, phrase par phrase. Ça enlève une partie de l’imprévu : tu n’improvises plus, tu lis.

Envoyer un message ou un mail d’abord. Beaucoup de cabinets acceptent une prise de rendez-vous par mail ou via une plateforme en ligne. Ça évite complètement le direct si l’appel est vraiment ce qui bloque.

Le corps-doublage. Demander à quelqu’un de rester à côté de toi pendant que tu appelles, sans qu’il fasse quoi que ce soit d’autre que d’être là. Ça change souvent tout.

Le minuteur de deux minutes. Se dire « je décroche le téléphone juste pour composer le numéro, rien de plus » — parfois le vrai blocage, c’est le premier geste, pas l’appel entier.

Aucune de ces pistes ne fonctionne à tous les coups. Elles réduisent juste la hauteur du mur, elles ne le font pas disparaître.

FAQ

Est-ce que je suis paresseux(se) si je n’arrive pas à passer ce coup de fil ?
Non. Tu viens de prouver, avec ton moteur d’aspirateur, que tu es capable d’une concentration extrême. Ton cerveau ne fait juste pas de sport avec le mauvais ballon.

Comment j’explique ça à mes proches qui ne comprennent pas ?
Tu peux leur dire que pour ton cerveau, un appel n’a pas le même poids qu’une tâche qui te passionne, même si l’appel est objectivement plus important. Ce n’est pas un choix conscient, c’est un fonctionnement différent.

Le mail ou le SMS, c’est vraiment aussi valable qu’un appel ?
Dans la plupart des cas, oui. Si une plateforme ou un mail te permet d’obtenir le même résultat sans passer par l’appel, ce n’est pas une solution de facilité. C’est juste emprunter le chemin que ton cerveau peut réellement emprunter.

Tu n’es pas fainéant(e). Tu n’as pas un problème de discipline. Tu as un cerveau qui choisit tout seul ce qui l’allume, et un coup de fil administratif n’a jamais fait partie de la liste.

Si ce texte te parle, c’est que ton cerveau fonctionne comme celui de milliers d’autres personnes ici. Tu n’es pas seul(e) à avoir un rendez-vous en retard de six semaines.

Si tu te reconnais, tague la personne qui a, elle aussi, un appel qui traîne depuis trop longtemps.

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Sources

  • Haute Autorité de Santé (HAS) — Recommandations sur le repérage et le diagnostic du TDAH chez l’adulte
  • INSERM — Dossier d’information sur le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité
  • TDAH France — Ressources et témoignages sur le fonctionnement exécutif au quotidien