Ce que tu vas apprendre

  • Comment présenter un point hebdo comme une méthode de travail, pas comme une aide liée au TDAH
  • Trois scripts à copier : message Teams/Slack, phrase à la machine à café, version pour un binôme proche
  • Un format de 10 minutes en trois questions, avec réciprocité
  • Un test sur 3 semaines, des critères d’arrêt et un plan B

Tu as décidé de ne pas parler de ton TDAH au travail, pour l’instant. Ce choix t’appartient et cet article ne le remet pas en cause.

Il part de là : comment mettre en place un soutien concret, sans avoir à te justifier.

Pourquoi un point hebdo aide quand on a un TDAH

Une échéance abstraite pèse peu. Une échéance dite à quelqu’un devient réelle.

Quand tu t’engages devant une personne, la tâche floue (« avancer sur le dossier ») devient une phrase précise (« envoyer le devis jeudi »). L’échéance sociale remplace l’échéance abstraite, et ton cerveau la prend plus au sérieux.

Ce mécanisme aide aussi les personnes sans TDAH. C’est pour cela qu’on peut le proposer comme une pratique de productivité banale. Pour d’autres leviers, tu peux lire nos conseils pour tenir en open space avec un TDAH.

L’effet varie selon les personnes. Un point hebdo ne remplace ni un suivi médical, ni un aménagement, ni un traitement. C’est un outil parmi d’autres.

Ce qu’on demande vraiment (et ce qu’on ne demande pas)

Tu proposes un échange entre pairs, pas une supervision.

Un accountability partner est une personne à qui tu dis ce que tu vas faire, et à qui tu rends compte la semaine suivante. Ce n’est ni ton manager, ni un coach, ni un thérapeute. Le body doubling, lui, consiste à travailler en présence de quelqu’un. Les deux se combinent, mais ce sont deux outils distincts.

Ce que c’est Ce que ce n’est pas
Un échange réciproque de 10 minutes Un contrôle de ton travail
Un rendez-vous fixe, à jour et heure réguliers Une discussion ouverte qui s’étire
Un partage de priorités et de blocages Une confession ou un besoin d’aide déguisé
Un test de 3 semaines, arrêtable sans conflit Un engagement à vie

Choisir le bon collègue

Le choix de la personne compte plus que le format.

Cherche quelqu’un qui coche la plupart de ces critères :

  • Fiable : elle tient ses rendez-vous, même simples.
  • Discrète : ce qui se dit dans le point n’est pas répété ailleurs.
  • Rythme compatible : elle a des semaines comparables aux tiennes.
  • Sans lien hiérarchique direct : ni ton N+1, ni ton subordonné.
  • Sans rivalité : vous ne visez pas le même poste.

Trois profils sont à éviter :

  • Le concurrent sur la promotion : tes blocages risquent de devenir des arguments.
  • Le bavard : 10 minutes deviennent 40, et ce que tu dis circule.
  • Le très surchargé : il annulera, et chaque annulation te pèsera.

En télétravail ou en équipe dispersée, le critère décisif est le créneau commun. Quelqu’un sur un autre site ou un autre fuseau fonctionne très bien, à condition de fixer une heure qui convient aux deux. Tu n’as pas besoin d’un collègue de ton service : un pair d’une autre équipe, avec des enjeux différents, est parfois plus simple.

Comment le proposer sans parler de TDAH

Parle de méthode, jamais de difficulté.

La règle tient en une ligne : tu présentes un essai que tu veux tenter, pas un problème que tu cherches à résoudre. Tu invites, tu ne demandes pas de l’aide.

Script 1 : message Teams ou Slack

« Salut [prénom], j’essaie un truc pour mieux tenir mes priorités : un point de 10 minutes le lundi où chacun dit ses 3 priorités et ce qui bloque. Ça te dirait de tester 3 semaines avec moi ? »

Script 2 : à la machine à café

« Tu fais comment, toi, pour garder tes priorités de la semaine en tête ? Moi je voudrais tester un point rapide le lundi avec quelqu’un, dix minutes, chacun son tour. Si ça t’intéresse, on essaie une fois et on voit. »

Cette version est légère et sans engagement formel. Si la réponse est tiède, tu n’insistes pas.

Script 3 : pour un collègue déjà proche

« On bosse souvent sur des sujets proches. Ça te dirait qu’on se cale un point de 10 minutes le lundi, chacun annonce ses priorités et ses blocages ? On teste trois semaines et on arrête si ça ne sert à rien. »

Les phrases qui exposent, et leurs équivalents neutres

Formulation qui expose Formulation neutre
« J’ai du mal à tenir mes délais » « J’essaie de mieux tenir mes priorités »
« Je suis nul pour m’organiser » « Je teste une méthode de suivi »
« Peux-tu me surveiller un peu ? » « On se fait un point croisé ? »
« J’ai besoin que quelqu’un me relance » « Dire mes priorités à voix haute m’aide »
« Je procrastine tout le temps » « Je veux démarrer la semaine avec un plan clair »

Si on te demande « pourquoi ? »

Prépare une réponse vraie et courte :

« J’ai remarqué que je tiens mieux mes priorités quand je les dis à voix haute à quelqu’un. »

Elle ne mentionne aucun diagnostic et reste exacte. Ensuite, tu enchaînes sur la proposition concrète.

Le format des 10 minutes

Dix minutes, trois questions, rien d’autre.

Chacun répond tour à tour aux mêmes questions :

  1. Fait : qu’est-ce que j’ai terminé depuis la dernière fois ?
  2. Prévu : quelles sont mes 2 ou 3 priorités cette semaine ?
  3. Blocage : qu’est-ce qui risque de coincer ?

Limite-toi à trois priorités au maximum. Au-delà, tu retombes dans la liste infinie qui t’écrase déjà.

Voici un gabarit à copier dans une note partagée ou un message :

  • Fait : …
  • Prévu : …
  • Blocage : …

Pour la mise en place, fixe un jour et un créneau stables. Exemple de semaine type : lundi 9h15, 10 minutes, deux priorités chacun, et bilan rapide le lundi suivant.

Le canal dépend de ton contexte : en face à face, en visio courte ou par message écrit. Choisis celui que vous tiendrez réellement.

La réciprocité est essentielle. Comme chacun répond aux mêmes questions, ta demande ne ressemble pas à un service à sens unique. Note tes priorités à un seul endroit, toujours le même. Si tu galères à garder le fil, nos pistes pour comprendre la fatigue liée au masking en réunion peuvent t’aider à choisir les moments où planifier ce point.

Deux exemples types

Exemple type 1, télétravail complet. Un salarié en télétravail perd ses repères entre deux visios. Il propose à un collègue d’une autre équipe un message écrit chaque lundi à 9h15, au format fait / prévu / blocage. Le rendez-vous devient son premier repère de la semaine.

Exemple type 2, open space. Une salariée en open space a du mal à protéger ses créneaux de concentration. Elle propose à une voisine de bureau un point debout de dix minutes, le lundi matin, dans un coin calme. Chacune dit deux priorités, puis retourne travailler.

Ces deux scénarios sont illustratifs, ils ne sont pas des témoignages réels.

Ce qu’on garde pour soi (sans mentir)

Ne pas dire n’est pas mentir.

Tu n’as aucune obligation de partager un diagnostic ou tes questionnements avec ton employeur ou tes collègues. Le point reste professionnel : tâches, priorités, blocages liés au travail.

Si le collègue pose une question trop personnelle, quelques réponses simples suffisent :

  • « Je préfère garder ça simple : le but, c’est juste de tenir mes priorités. »
  • « Rien de grave, c’est une méthode que je teste. »
  • « On reste sur le boulot, c’est ce qui m’est utile ici. »

Ces phrases sont vraies. Elles posent une limite sans inventer d’histoire.

Évite en revanche de fabriquer une fausse raison (« mon manager me l’a demandé »). Un mensonge se retrouve, et il pèse plus lourd que la discrétion.

Révéler ou non reste un choix personnel. D’autres voies existent si tu en as besoin un jour : médecin du travail, RQTH, aménagements. Elles sont traitées dans des contenus dédiés.

Tester sur 3 semaines, ajuster ou arrêter

Trois semaines suffisent pour savoir si le point t’apporte quelque chose.

Annonce la durée dès le départ. Elle sert de porte de sortie confortable pour vous deux.

Critères de réussite simples :

  • Plus de tâches closes en fin de semaine
  • Moins de reports d’une semaine sur l’autre
  • Un dimanche soir un peu moins chargé

Pas besoin de chiffres. Un ressenti honnête suffit.

Signaux d’alerte, qui justifient d’arrêter ou de changer :

  • Le point devient une source de honte
  • Le collègue juge ou commente tes blocages
  • La réciprocité disparaît : tu parles, il écoute à peine
  • Les annulations s’enchaînent

Plan B, par ordre de simplicité :

  1. Changer de binôme, en gardant le même format.
  2. Passer à un partenaire hors travail, un ami ou un proche qui accepte le même rituel.
  3. Utiliser un outil de suivi individuel, comme une liste de trois priorités relue chaque lundi.

Arrêter n’est pas un échec. Tu peux conclure simplement : « Merci d’avoir testé, ça ne me convient pas finalement. »

Et si cela ne suffit pas ?

Un point hebdo aide, mais il ne règle pas tout.

Si les difficultés persistent (démarrage des tâches, oublis, fatigue), c’est peut-être le moment d’envisager d’autres pistes : un repérage, un avis médical, un échange avec le médecin du travail, des aménagements. Aucune pression ici, seulement des options.

Si tu te poses la question d’un TDAH, un test de repérage comme l’ASRS est un premier pas, sans valeur de diagnostic. Le parcours « Je pense avoir un TDAH adulte : par où commencer en France ? » détaillera les étapes dans un contenu à venir.

FAQ

Faut-il dire à son collègue qu’on a un TDAH pour que ça fonctionne ?

Non. Le dispositif repose sur un engagement réciproque et un format simple. Révéler ton TDAH est un choix personnel, pas une condition pour que le point soit utile.

Quelle différence entre accountability partner et body doubling ?

Le body doubling consiste à travailler en présence d’une autre personne, physiquement ou en visio, en silence ou presque. L’accountability partner suit des engagements d’une semaine à l’autre. On peut combiner les deux, mais ce sont deux outils distincts.

Combien de temps doit durer le point ?

Dix minutes suffisent le plus souvent. Au-delà, le point glisse vers la discussion informelle et perd en efficacité.

Et si mon collègue arrête de jouer le jeu ?

La période test de 3 semaines est faite pour ça. Si la régularité s’effrite, tu arrêtes sans conflit ou tu changes de binôme.

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Sources