Tu as rendez-vous dans deux semaines avec un psychiatre ou un neuropsy. Il t’a parlé du « DIVA-5 ». Tu tapes le mot sur Google. Tu tombes sur des PDF cliniciens imbuvables. Voilà ce qui se passe vraiment, et comment arriver préparé sans « biaiser » l’entretien.
Ce que tu vas apprendre
- Ce qu’est exactement le DIVA-5, combien de temps il dure, et qui peut le faire passer en France.
- Les 3 parties du questionnaire et les 18 symptômes évalués, traduits en langage humain.
- Comment préparer tes exemples d’enfance et d’adulte sans avoir l’impression de tricher.
- Ce que le DIVA n’évalue pas — et pourquoi ça compte pour ton diagnostic final.
Le DIVA-5 en deux minutes : ce que c’est, ce que ce n’est pas
Le DIVA-5 (Diagnostic Interview for ADHD in adults, version 5) est un entretien semi-structuré créé par la Fondation DIVA aux Pays-Bas. Il s’aligne sur les 18 symptômes du DSM-5.
Ce n’est pas un auto-questionnaire que tu remplis seul chez toi. C’est une conversation guidée de 1h30 à 2h30, menée par un professionnel formé, qui te pose des questions précises sur ton enfance ET ton présent, en exigeant des exemples concrets.
Ce n’est pas non plus un test à « réussir ». Il n’y a pas de bonne réponse. Le clinicien cherche à savoir si ce que tu vis colle aux critères diagnostiques, ni plus, ni moins.
Les 3 parties du DIVA : comment l’entretien est structuré
Le questionnaire est découpé en trois blocs distincts, toujours dans le même ordre :
- Partie 1 — Les symptômes actuels (adulte) : 9 questions sur l’inattention, 9 sur l’hyperactivité/impulsivité. Le clinicien te demande un exemple concret pour chaque item.
- Partie 2 — Les symptômes pendant l’enfance : les mêmes 18 items, mais cette fois pour la période avant tes 12 ans. Critère obligatoire du DSM-5.
- Partie 3 — Le retentissement fonctionnel : dans quelle mesure ces symptômes gênent ta vie, évalué sur 5 domaines (études, travail, couple, relations sociales, loisirs/confiance en soi).
Pour qu’un symptôme soit « coché », il faut qu’il soit présent et dans l’enfance et à l’âge adulte. C’est pour ça que la préparation de tes souvenirs d’enfance est aussi importante que celle de tes exemples actuels.
Les 18 symptômes évalués, traduits en vrai français
Voici les items du DSM-5 tels qu’ils apparaissent dans le DIVA-5, sans jargon :
Inattention (9 items)
- Erreurs d’étourderie, difficultés à faire attention aux détails.
- Difficulté à maintenir l’attention sur une tâche ou une conversation.
- Sembler ne pas écouter quand on te parle directement.
- Ne pas aller au bout des tâches commencées.
- Difficulté à organiser tes tâches et ton temps.
- Éviter les tâches qui demandent un effort mental soutenu.
- Perdre des objets essentiels (clés, papiers, téléphone).
- Être facilement distrait par des stimuli extérieurs ou des pensées.
- Oubli des tâches quotidiennes (rendez-vous, factures, rappels).
Hyperactivité/Impulsivité (9 items)
- Agitation motrice fine (jouer avec ses mains, bouger ses jambes).
- Difficulté à rester assis quand c’est attendu.
- Sensation interne d’agitation, besoin de bouger.
- Difficulté à faire des activités calmes en silence.
- Être « sur la brèche », comme monté sur ressort.
- Parler trop, ou trop longtemps.
- Finir les phrases des autres, répondre avant la fin de la question.
- Avoir du mal à attendre son tour (file, discussion, conduite).
- Interrompre, imposer sa présence, s’immiscer.
Pourquoi le clinicien veut des exemples concrets (et pas des « oui/non »)
Une réponse « oui je suis distrait » ne vaut rien. Une réponse utile sonne comme ça : « En CM1, ma maîtresse m’a collé 6 mots dans le carnet en un mois pour rêvasserie. Elle a écrit une fois ‘présent de corps, absent d’esprit’. »
Le clinicien a besoin de vérifier que le symptôme est fréquent, handicapant, et pas simplement une version amplifiée de la distraction que tout le monde connaît. Les exemples datés, situés, racontés, font la différence.
C’est exactement la même logique que celle qu’on retrouve dans un bilan de mémoire TDAH adulte : ton cerveau ne stocke pas bien les détails, donc sans préparation, tu risques de sous-déclarer.
Comment retrouver des souvenirs d’enfance quand ta mémoire TDAH fuit
Beaucoup d’adultes arrivent paniqués : « Je ne me souviens de rien avant 10 ans. » C’est fréquent et ce n’est pas bloquant. Voici comment débloquer la mémoire.
- Ressors tes bulletins scolaires et carnets de correspondance. Les commentaires des profs (« rêveur », « bavard », « agité », « pourrait mieux faire ») sont de l’or pour le clinicien.
- Appelle un parent ou un frère/sœur. Demande-leur : « Comment j’étais en CE2 ? Qu’est-ce qui t’énervait chez moi enfant ? » Leurs réponses te surprendront.
- Regarde des photos d’école. Parfois une photo de classe déclenche un souvenir précis : « Ah oui, cette année-là je me battais sans arrêt avec le copain à côté de moi parce que je ne tenais pas en place. »
- Revisite tes cahiers si tu les as encore. Les ratures, les dessins dans les marges, les exercices non finis sont des traces objectives.
Si malgré tout tu n’as rien, dis-le franchement au clinicien. Il adaptera et s’appuiera davantage sur les témoignages de proches ou sur des indices indirects (résultats scolaires, redoublements, changements d’école).
Préparer ta liste d’exemples adultes : le tableau à 4 colonnes
La semaine avant l’entretien, fais-toi un tableau simple, à remplir symptôme par symptôme :
- Colonne 1 : le symptôme DSM (ex : « perdre des objets »).
- Colonne 2 : un exemple enfance (« j’ai perdu 4 doudous, 3 manteaux, et mon cartable une fois entier en CE1 »).
- Colonne 3 : un exemple adulte actuel (« je perds mes clés 2 à 3 fois par semaine, j’ai dû faire refaire ma carte d’identité 3 fois en 5 ans »).
- Colonne 4 : l’impact concret (« j’arrive 15 min en retard partout, ma compagne range mes affaires à ma place »).
Ce n’est pas « tricher ». C’est compenser un déficit de mémoire de travail qui fait partie du trouble lui-même. Un diabétique qui apporte son carnet de glycémie ne triche pas non plus.
Les 5 domaines de retentissement fonctionnel
Le DIVA évalue ensuite l’impact réel dans ta vie. Prépare un exemple concret pour chacun :
- Études : redoublements, abandons, difficultés de concentration en amphi, années blanches.
- Travail : turn-over, retards chroniques, conflits hiérarchiques, burn-out, postes fuis.
- Couple et famille : oublis qui blessent, disputes sur l’organisation, répartition déséquilibrée des tâches.
- Relations sociales : amis perdus par oubli de messages, invitations ratées, isolement.
- Loisirs / confiance en soi : projets abandonnés, collections commencées jamais finies, sentiment d’échec chronique.
Un exemple adulte qui « parle » : « Je change de job tous les 18 mois, j’ai 4 comptes bancaires à découvert parce que j’oublie de virer, et ma compagne fait les courses parce que j’oublie la liste une fois sur deux. »
Ce que le DIVA n’évalue PAS (et pourquoi c’est important)
Le DIVA-5 est un excellent outil pour cartographier les 18 symptômes et leur retentissement. Mais il ne remplace pas :
- Les tests neuropsychologiques (attention soutenue, mémoire de travail, fonctions exécutives) qui objectivent les déficits cognitifs.
- L’exploration des diagnostics différentiels : bipolarité, anxiété généralisée, trouble du sommeil, dépression, traumatismes. Ces pathologies peuvent mimer un TDAH ou coexister avec lui, comme expliqué dans le lien entre TDAH, anxiété et dépression.
- Le diagnostic final. Le clinicien croise le DIVA avec ton anamnèse complète, les éventuels bilans complémentaires, et son jugement clinique.
Autrement dit : un DIVA qui coche 18/18 symptômes ne garantit pas un diagnostic TDAH, et un DIVA à 7/18 ne l’exclut pas forcément si l’histoire clinique penche fortement.
Le jour J : à quoi s’attendre concrètement
L’entretien dure entre 1h30 et 2h30. Il peut se passer en présentiel ou en visio. La plupart des patients le trouvent long mais pas anxiogène — le format conversationnel met souvent à l’aise.
Apporte ton tableau d’exemples, tes bulletins si tu les as, éventuellement un petit carnet pour noter tes pensées entre les blocs. Pose des questions si tu ne comprends pas un item : ça montre que tu cherches à répondre avec précision, pas à cocher vite.
Après le DIVA, le professionnel te restituera souvent une première synthèse, puis prendra un temps pour finaliser son compte-rendu. Le chemin complet du parcours diagnostique du TDAH adulte peut prendre plusieurs semaines à plusieurs mois.
FAQ
Combien de temps dure un entretien DIVA-5 ?
Entre 1h30 et 2h30 en moyenne, selon la densité de tes exemples et la présence de comorbidités à explorer. Prévois 3h pour être large.
Peut-on passer le DIVA en ligne gratuitement ?
Non. Le DIVA-5 doit être conduit par un professionnel formé (psychiatre, neuropsychologue, parfois psychologue clinicien). Les versions « gratuites en ligne » sont soit des auto-questionnaires type ASRS, soit des copies non validées sans valeur diagnostique.
Que faire si je ne me souviens de rien avant 10 ans ?
Appuie-toi sur le témoignage d’un parent ou d’un frère/sœur, revisite photos et cahiers d’école, relis tes bulletins. Le clinicien adaptera. L’absence totale de souvenirs n’empêche pas un diagnostic si d’autres indices convergent.
Le DIVA-5 pose-t-il le diagnostic à lui seul ?
Non. C’est un outil d’aide au diagnostic. Le clinicien croise le DIVA avec l’anamnèse, d’éventuels tests neuropsychologiques, et l’exclusion de diagnostics différentiels (bipolarité, anxiété, troubles du sommeil, traumas).
Sources
- HAS — Haute Autorité de Santé — recommandations officielles sur le diagnostic du TDAH adulte en France.
- INSERM — recherche française sur les troubles du neurodéveloppement et le TDAH adulte.
- HyperSupers TDAH France — association référente, annuaires de professionnels formés au DIVA-5.
- OMS / CIM-11 — classification internationale et critères diagnostiques du TDAH.